Quand le corps semble porter ce que les mots n'ont jamais exprimé

Quand le corps semble porter ce que les mots n'ont jamais exprimé

Il y a quelques jours, une conversation familiale m'a amenée à réfléchir à la façon dont nous cherchons du sens dans les blessures, les maladies et les événements qui traversent une vie.

Cette réflexion est née en parlant de ma marraine. Sur une fratrie de six enfants, elle a été la seule à être confiée à une tante. Cette tante l'a élevée avec amour et dévouement. Rien, dans les récits familiaux, ne laisse penser qu'elle ait été maltraitée ou rejetée.

Et pourtant... Je me suis surprise à penser à cette petite fille.

Cette enfant qui voit ses frères et ses sœurs rester ensemble pendant qu'elle part vivre ailleurs.

Qu'a-t-elle ressenti ? A-t-elle vécu cela comme un abandon ? Comme une injustice ? Comme quelque chose de normal ?

Je n'en sais rien. Personne ne peut réellement répondre à cette question aujourd'hui.

Mais cette réflexion m'a rappelé quelque chose que j'observe régulièrement dans l'accompagnement : nous ne sommes pas toujours conscients de tout ce que nous portons.

Les blessures dont on ne parle pas

Certaines expériences marquantes trouvent naturellement leur place dans notre histoire, nous les racontons, les comprenons, nous leur donnons un sens.

D'autres restent plus discrètes, elles ne sont pas forcément oubliées, elles sont simplement rangées dans un coin de nous-mêmes.

Parce qu'il fallait continuer à avancer ou qu'aucun espace n'existait pour les exprimer et parfois parce qu'elles semblaient moins importantes que d'autres événements de la vie.

L'absence de mots ne signifie pas toujours l'absence d'impact.

Le corps, plus ou moins témoin silencieux de notre histoire

Je suis toujours prudente lorsque j'entends des affirmations du type : « Cette émotion provoque cette maladie.»

La réalité humaine est infiniment plus complexe, les maladies ont de multiples causes et les parcours de vie sont uniques.
Nous ne pouvons pas établir de liens de causalité aussi simples. En revanche, je crois que notre corps participe pleinement à notre histoire. Il porte :

  • nos rythmes de vie,

  • nos périodes de stress,

  • nos tensions,

  • nos adaptations,

  • nos fatigues,

  • et même des choses que nous n'avons jamais vraiment prises le temps d'écouter.

Combien de personnes réalisent seulement après coup à quel point elles étaient épuisées ?

Combien découvrent qu'elles vivaient en état d'alerte permanent lorsqu'elles commencent enfin à ralentir ?

Combien prennent conscience de leur colère seulement lorsque leur corps ne parvient plus à compenser ?

Le corps ne parle peut-être pas toujours comme certains l'affirment mais il témoigne souvent.

Ce qui n'a jamais trouvé sa place

J'ai remarqué que certaines personnes sont capables de raconter leur histoire avec beaucoup de recul.

Elles connaissent les faits, comprennent ce qui s'est passé mais l'émotion qui accompagne ces événements semble être restée figée quelque part. Comme si une partie d'elles n'avait jamais réellement eu l'occasion d'exprimer ce qu'elle avait vécu.

Alors elles continuent d'avancer, elles travaillent, construisent, s'adaptent et souvent, elles deviennent même très compétentes dans cette capacité à continuer malgré tout.

Jusqu'au jour où quelque chose les invite à regarder autrement ce qu'elles ont porté pendant toutes ces années.

Les questions qui restent

Je ne saurai jamais ce qu'a ressenti ma marraine lorsqu'elle a quitté son foyer familial.

Je ne saurai jamais quelles traces cette expérience a laissées en elle.

Et finalement, ce n'est peut-être pas le plus important, ce qui m'intéresse aujourd'hui, ce sont les questions que cette histoire soulève.

Que faisons-nous des expériences qui n'ont jamais trouvé les mots pour être racontées ?

Que deviennent les émotions que personne n'a accueillies ?

Et combien de choses continuons-nous à porter sans même nous rendre compte de leur poids ?

Je ne sais pas si le corps parle à travers les maladies en revanche, je crois que certaines expériences continuent parfois à vivre en nous bien après que les événements soient passés.

Et qu'il est parfois utile de leur offrir enfin un espace pour exister.

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