J'étais probablement la seule élève à considérer la présentation de son cahier comme une matière à part entière

Cette image évoque le soin que je mettais dans mes cahiers lorsque les mots et les règles me semblaient encore difficiles à apprivoiser.

J'étais probablement la seule élève à considérer la présentation de son cahier comme une matière à part entière

À l'école, tout le monde semblait avoir reçu le même mode d'emploi. Sauf moi.

Les cours de français étaient souvent synonymes de difficultés. Les règles de grammaire me paraissaient abstraites. Les COD, les COI, les accords et toutes les subtilités de la langue française semblaient trouver leur place dans le cerveau des autres élèves, mais pas dans le mien.

Je faisais partie de ces enfants qui obtenaient régulièrement de mauvaises notes en dictée.

J'étais persuadée que cela signifiait que je n'étais pas douée en français. Pourtant, lorsque je replonge dans mes souvenirs, ce n'est pas ce que je retiens : je me souviens surtout de mes cahiers, du plaisir que j'avais à recopier le tableau. De mes lettres appliquées, des couleurs utilisées pour souligner les titres, de la satisfaction que me procurait une page bien organisée.

J'étais probablement la seule élève à considérer la présentation de son cahier comme une matière à part entière.

Et, à bien y réfléchir, cette petite fille essayait peut-être déjà de me dire quelque chose.

Chercher ses propres repères

Pendant que l'école essayait de m'apprendre les règles, mon cerveau cherchait déjà ses propres repères.

Là où certains retenaient des notions abstraites, je m'appuyais sur le visuel.

Là où les accords me semblaient confus, je trouvais du plaisir dans l'harmonie d'une page bien construite.

Et même si mes dictées étaient souvent ratées, je recevais parfois quelques points supplémentaires pour la qualité de ma présentation ou de mon écriture. Aujourd'hui encore, on me dit régulièrement que j'ai une belle écriture.

Avec le recul, je me demande si cette recherche du beau n'était pas déjà une façon de construire un pont au-dessus de mes difficultés. Comme si mon cerveau avait trouvé un endroit où il pouvait s'appuyer lorsque le chemin principal lui résistait.

Je n'ai jamais appris comme on essayait de me l'enseigner

Lorsque l'on parle de dyslexie, on évoque souvent les difficultés.Plus rarement les chemins alternatifs que les personnes développent pour les contourner.

Dans mon cas, je ne crois pas avoir appris l'orthographe grâce aux règles, je l'ai apprise autrement.

Vers l'âge de dix-huit ans, je suis devenue une lectrice compulsive. Roman après roman, page après page, je me suis plongée dans les histoires avec une avidité que je ne m'explique toujours pas complètement.

Et quelque chose s'est produit.

Les mots ont commencé à devenir familiers : non pas parce que je comprenais enfin toutes les règles mais parce que je les rencontrais encore et encore.

Mon cerveau ne raisonnait pas, il reconnaissait.

Aujourd'hui, lorsque j'écris, l'orthographe ressemble davantage à un instinct qu'à l'application consciente d'une règle de grammaire.

Je serais bien incapable d'expliquer certaines règles que j'applique pourtant correctement. Je sais simplement que certains mots "sonnent juste" ou "sonnent faux" lorsqu'ils apparaissent sous mes yeux.

L'école et l'apprentissage ne sont pas toujours la même chose

Il y a quelque temps, une personne a commenté l'une de mes vidéos en expliquant qu'elle avait obtenu davantage de diplômes après sa scolarité que pendant. Cette phrase m'a fait sourire. Parce qu'elle raconte aussi une partie de mon histoire.

Les résultats scolaires m'ont longtemps laissé croire que j'avais des difficultés à apprendre. Pourtant, la plupart des compétences, formations et certifications que j'ai obtenues l'ont été une fois adulte.

Comme beaucoup de personnes dyslexiques, je crois avoir confondu, pendant un temps, réussite scolaire et capacité d'apprentissage. Or les deux ne sont pas toujours liées.

L'école propose un chemin, lorsqu'il nous correspond, tant mieux mais lorsqu'il ne nous correspond pas, cela ne signifie pas forcément que nous sommes incapables.

Cela signifie parfois que nous devons trouver notre propre manière d'apprendre.

Les chemins inattendus

Aujourd'hui, lorsque j'accompagne des personnes, je retrouve souvent ce mécanisme bien au-delà de la dyslexie. Nous passons parfois beaucoup de temps à nous focaliser sur ce qui ne fonctionne pas : sur les portes fermées, sur les méthodes qui échouent, sur les chemins qui semblent accessibles aux autres mais pas à nous.

Et pendant ce temps, nous oublions parfois de regarder les ressources déjà présentes :

Une belle écriture.

Une mémoire auditive.

Une sensibilité particulière.

Une créativité.

Une autre façon de comprendre.

Une autre façon d'apprendre.

Une autre façon d'avancer.

Avec le recul, je ne crois plus que mon histoire soit celle d'une enfant incapable d'apprendre le français.

Je crois plutôt qu'elle est celle d'une enfant qui a fini par trouver un chemin différent pour y parvenir.

Dans la vie comme dans les apprentissages, le problème n'est pas que nous sommes perdus.

C'est simplement que notre chemin n'est pas celui qui était prévu.

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